Brésil : suite et fin... anticipée

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C’est peu dire qu’il nous en coûte d’écrire cet article. Les imprévus et l’improvisation ont ponctué notre voyage, c’est ce qui en a fait le sel et notre bonheur, et c’est ce qu’on recherche. Mais cette fois-ci, les choses ne se sont pas du tout passées comme prévu et il a fallu faire avec. Et si nous avons tous les cinq appris beaucoup pendant ce périple, la fin aura été un cours accéléré. Nous avons mis du temps à trouver les mots pour commencer à écrire cet article et partager ces dernières semaines. Reprenons depuis notre dernière étape.

Après l’extraordinaire tronçon par les plages du Parana et du sud de l’état de Sao Paulo, nous sommes obligés de quitter provisoirement l’océan pour contourner toute l’aire de protection environnementale de Peruibe par les terres. A Ilha Comprida, nous sentons avec un petit pincement au cœur que nous quittons une zone littorale incroyablement préservée pour une partie bien plus balnéaire et urbanisée. Après un bon verre de glace açaï – lait concentré sucré – lait en poudre pour faire le plein de gras et de sucre d’énergie, nous quittons le sable pour retrouver un peu l’asphalte. Nous avons bien roulé dans la matinée, nous continuons à bon rythme l’après-midi. Dans les jours qui suivent, il va y avoir quelques passages très pluvieux. On essaye de caler les jours de vélo sur les journées sans pluie, d’autant plus que, pour nous épargner un tronçon d’autoroute et se faire un dernier kiff sauvage, on va prendre un petit “raccourci” par une piste que nous avons trouvée sur la carte. Ce jour-là, Sofia bat son record de distance en autonomie : 53 kilomètres ! Trop forte cette Soso ! En fin de journée, alors que le soleil est déjà bien bas (c’est l’hiver ici, il se couche vers 18h), nous nous arrêtons devant un petit bar au bord de la route. Après un court échange avec le propriétaire, nous sommes invités à dormir sur la terrasse du bar pour la nuit. Ce n’est pas LE bivouac de rêve, mais les gérants sont adorables, la terrasse en béton va nous permettre d’être bien isolés de l’humidité ambiante car nous sommes au bord d’un fleuve. Il y a aussi de quoi accrocher les moustiquaires et le propriétaire nous installe même un pommeau de douche dans les sanitaires. On frôle la perfection !

Au matin suivant, le bar ouvrant vers 7h30, on ne s’attarde pas et on profite de la fraîcheur. Nous sommes encore dans les brumes de l’océan qui n’est pas si loin, l’ambiance est mystérieuse lorsque l’on traverse le fleuve. La route est très agréable : l’asphalte déroule tout seul, nous avançons sans forcer, alternant plats, montées et descentes dans un paysage de forêts et de petites fermes de maracujas et de christophines. Nous sommes très attentifs aux petits avions qui survolent à très basse altitude les bananeraies car ils sont en train de larguer des produits phytosanitaires !! Et pas sûr qu’ils soient très regardants pour ne pas asperger de leur m**** 5 cyclos qui n’ont rien demandé. En fin de matinée, les ventres sur pattes qui nous accompagnent réclament déjà à manger. On décide de pousser jusqu’à un lieu indiqué par un simple panneau au bord de la route : Estaçao Itimirim.

A l’arrivée, nous parlons avec un vieux monsieur qui semble très enthousiasmé par notre périple. Puis nous nous calons sur un petit coin de table pour le pique-nique. On ne comprend pas trop quel est cet endroit… C’est grand, c’est propre, c’est joliment décoré, il y a plusieurs bâtiments très ouverts sur l’extérieur, une exposition de toiles, de la vente d’artisanat, un magnifique parc. Ce n’est pas un magasin. Au moment où nous pensons repartir, une employée du site nous explique le principe. Il y a plusieurs années, un riche monsieur (celui que nous avons en fait rencontré à notre arrivée) a décidé d’ouvrir ce site protéiforme à but non-lucratif qui bénéficie à la communauté locale. Des artisans viennent s’y former pour ensuite y vendre leurs produits, des artistes exposent, il est possible de manger sur place, de louer une partie du site pour des évènements… bref, c’est vivant ! Et on peut aussi… y dormir et il y a une machine à laver ! Ça tombe très très bien car voilà bien trop longtemps que nous n’avons pas fait de lessive et demain, c’est grosse pluie de prévu. Beaucoup trop de signes du destin : c’est décidé, on s’y arrête pour une journée et deux nuits !

Au moment d’aborder la question du tarif, nous comprenons vite que le vieux monsieur a laissé des instructions pour que nous ne payions qu’une seule nuit, et encore au prix de deux personnes. Pourtant, le lieu et son utilité pour la communauté nous plaisent beaucoup, nous aimerions payer le juste prix, mais impossible, personne ne nous laissera le faire. En plus de ça, les personnes qui nous accueillent sont d’une grande gentillesse, nous sommes chouchoutés. Encore une fois, les enfants impressionnent et nous sommes choyés. Nous avons la plus grande chambre et chacun un matelas ! Le lendemain matin, une des dames nous a cuisiné un gâteau au chocolat pour le petit déjeuner, les gens prennent le temps de venir échanger quelques mots ou pour parler plus longuement. C’est une journée utilitaire : leçons pour les filles, cours d’anglais et lecture pour Nahuel, nettoyage et entretien des vélos pour Olivier, écriture du dernier article pour Marie. Nous explorons aussi le lieu : le jardin, la bibliothèque, l’artothèque, les différents ateliers de confection. C’est très intéressant. Et il pleut en effet des cordes, nous avons bien choisi notre journée de pause ! Nous aimerions bien rester une journée de plus mais la fenêtre météo est serrée pour réussir à passer la portion de piste sous le soleil.

21 juin, top départ pour le dernier tronçon de piste du voyage. Le taux d’humidité dans l’air est impressionnant, les vêtements que nous avons lavé hier n’ont pas absolument pas séché. Nous les “étendons” tant bien que mal sur nos sacoches afin qu’ils ne sentent pas trop l’humidité, on espère que tout va sécher un peu mieux au soleil. La route principale nous ferait inévitablement passer par une grosse vingtaine de kilomètres d’autoroute, nous n’en avons aucune envie ! Nous avons donc repéré une petite piste qui coupe à travers les montagnes. Après cela, pour pouvoir arriver à temps à Rio et prendre notre avion, nous irons au plus simple en suivant la côte sur la route 101 qui est goudronnée et relativement passante. Trois kilomètres après Estaçao Itimirm, nous sommes donc émus en nous engageant sur cette petite piste, qui est, nous le savons, la dernière de notre périple. Le revêtement est plutôt bon, il fait très beau et rapidement les bananeraies laissent place à la forêt primaire, c’est magnifique. Cette dernière nous permet d’avancer dans la fraîcheur, c’est très agréable. En étant attentif, et grâce à Nahuel alias Œil de Lynx, nous arrivons à observer plusieurs toucans. Nous avançons bien, la journée est facile. Le dénivelé sera pour demain, c’est le jour le plus court de l’année et il n’y a pas beaucoup de possibilités de bivouac sauvage par ici.

A 15h, nous arrivons devant le petit bar perdu au milieu de rien et au bord de la rivière que nous avions repérée sur la carte. On demande à planter les tentes dans le petit terrain défriché attenant, plus ou moins plat mais qui fera amplement l’affaire. La jeune femme au bar est tout à fait d’accord mais nous demande : « vous ne seriez pas mieux sur la terrasse à l’abri quand même ? ». Ah si, c’est sûr, merci ! Dans l’heure qui suit, les filles s’installent pour faire leurs devoirs sur les petites tables du bar, Nahuel n’a que de l’anglais à faire. Voyant cela, la propriétaire leur prépare un gros saladier de pop-corn. La prévenance des brésiliens nous touche beaucoup : ils ne se contentent pas de nous accueillir (ce qui est déjà génial en soi), ils devancent tous nos besoins et s’assurent que nous ayons tout ce qu’il faut pour être mieux que bien. En fin de soirée, un vieux monsieur, qui boit depuis notre arrivée, continue à enchaîner canette de bière sur canette de bière. La situation est assez drôle car nous attendons pour installer notre campement sur la terrasse, la fille des propriétaires, qui sert, attend pour fermer. Nous sommes tous là à attendre patiemment autour de lui qu’il daigne rentrer chez lui, à part lui bien sûr qui est trop saoul pour se rendre compte de quoi que ce soit… Nous devons attendre 21h30 pour installer les matelas, c’est un peu tardif !

Au matin, une belle montée nous attend et nous ne voulons pas gêner le fonctionnement du bar qui ouvre tôt. Nous partons donc à la fraîche, alourdis de quelques kilos supplémentaires de bananes et d’oranges offertes par les gens du bar ! Nous avons un genre de petit col à passer, l’inclinaison de la piste prend quelques degrés avec de beaux petits raidillons. La transmission d’Olivier est clairement en fin de vie, impossible pour lui de forcer sur les pédales, la chaîne saute inévitablement. Nous organisons donc notre spécialité : le relais pousse-pousse ! Après quelques kilomètres encore dans la fraîcheur et la beauté de la forêt, la végétation change radicalement : nous circulons à nouveau entre les bananeraies. On préférait l’ambiance forêt mais on prend un peu de hauteur, c’est très joli ! Nous passons à 400 mètres d’altitude, certainement le plus petit col du voyage, et redescendons de l’autre côté. Lorsque nous retrouvons l’asphalte, nous sommes tous un peu tristes de savoir que ça y est, nous quittons la dernière piste de notre périple.

Le lendemain, comme prévu, le temps se dégrade. Nous avons rarement roulé aussi vite : la route est bonne, nous avons le vent dans le dos et surtout, la pluie arrive et nous espérons ne pas nous faire tremper. Nous rejoignons l’océan et la petite location que nous avons réservé juste avant l’arrivée du gros temps, ouf ! Ça souffle et il pleut des cordes ! Nous restons à l’abri la journée d’après. Cela permet à Olivier d’aller faire réparer le vélo de Sofia, de cuisiner un beau gâteau à l’orange et aux filles de boucler leurs dernières évaluations. Elles sont libérééééééées, délivrééééééées (et nous aussi par la même occasion, youpi !!) des devoirs scolaires.

Cette arrivée à Peruibe marque le début de près de 150 kilomètres de côte urbanisée presque en continu, nous ne sommes pas excessivement motivés par ce tronçon. Le temps est encore bien gris, mais nous avons le vent de dos et il est prévu qu’il reste dans ce sens, pour une fois cela va donc nous aider. Nous reprenons donc la route dans l’objectif d’aller le plus vite possible pour écourter ce tronçon pas spécialement excitant, et d’arriver en fin de journée aux portes de Santos. 58 kilomètres, c’est une belle journée ! Nous roulons au bord de l’océan mais le paysage n’est pas des plus exaltants et le temps est plutôt au gris. Heureusement, les brésiliens vont se charger d’égayer cette journée : nous recevons quatre invitations dans la même journée ! La première vient de la dame chez qui nous louions le petit logement à Gaivota qui nous propose de rester une journée de plus gratuitement. Puis, 1 kilomètre et demi après notre départ au matin, une dame s’arrête à notre hauteur en voiture pour nous inviter chez elle. Heuuuu c’est à dire qu’il est 9h30, on aimerait bien avancer un peu quand même ! 11h30, de nouveau une voiture qui ralentit près de nous : « Oh, génial ! C’est super ce que vous faites ! Justement, j’ai mes petits enfants à déjeuner ce midi, ça leur ferait tellement plaisir de vous rencontrer ! ». Merci, mais ce fichu billet d’avion nous contraint, il faut avancer. Comme c’est frustrant ! Nous continuons notre chemin, suivant une piste cyclable plus ou moins à l’abandon, mais dont l’état s’améliore au fur et à mesure de la journée. Nous finissons par évoluer sur une belle piste, totalement différenciée de la chaussée voiture, qui serpente entre les palmiers et longe la plage au plus près. C’est plutôt sympa ! L’urbanisation se densifie, les immeubles gagnent de plus en plus d’étages. Tous les immeubles d’habitation sont couverts du sol au toit de carreaux de carrelage : quel travail pour poser ce revêtement, et surtout : quelle idée ?! Cette station balnéaire sans fin est déjà assez moche, là c’est super vilain…

Arrivés à Praia Grande, située juste avant Santos, nous sommes interpellés sur le trottoir par une dame directement depuis sa voiture qui crée un petit bouchon derrière elle. Elle nous supplie de l’attendre ici, elle va garer sa voiture. Bon, ok. Elle arrive effectivement au bout de deux minutes, avec une énergie folle. Elle nous demande ce que nous faisons là et nous offre de dormir chez elle ce soir. C’est la quatrième fois de la journée, on ne peut plus dire non ! Nous suivons donc Raquel et sa fille Dani, 21 ans qui nous emmènent dans leur appartement de location qu’elles vont nous prêter. Elles-mêmes vivent dans l’immeuble attenant dans un tout petit appartement. Une bonne énergie passe tout de suite avec elles, ainsi que Maria 12 ans qui nous rejoint. Au bout de quelques minutes de conversation, nous comprenons que Raquel vient de perdre son mari (et donc Dani son papa) il y a trois semaines. Elles sont en train de traverser une étape difficile de leur vie et sont plus que ravies de nous avoir avec elles pour penser à autre chose. On cuisine, on mange, on papote, l’ambiance est électrique. Marie, dont la maman se bat contre un cancer depuis octobre dernier et dont l’état de santé ne cesse de baisser, est elle aussi à fleur de peau. On rit, on pleure, on se prend dans les bras, on se console de nos chagrins respectifs, on se répare. Il y a quelque chose de fort qui passe entre nous. Bref, tout ça se finit en course de petit scooter électrique dans les couloirs étroits du quatorzième étage de leur immeuble, dans un fou-rire général. Bilan des courses : on reste une journée de plus pour prolonger cette rencontre, aller se baigner dans l’océan et bien sûr… manger ! Raquel nous avouera que depuis la mort de son mari, elles avaient beaucoup de difficultés à reprendre le cours de la vie ordinaire, tournant en rond et n’ayant plus goût à grand-chose. Qu’elles étaient dans l’attente d’un « coup de pouce » et que ce coup de pouce, c’est nous. Waow, incroyable, quel honneur de se dire qu’on peut avoir ce pouvoir là, que c’est possible de pouvoir tant donner en recevant nous-mêmes ! Nous repartons de chez elles le jour d’après les sacoches chargées de cadeaux et le cœur rempli d’amour. Dani nous confie une lettre « à lire plus tard » qu’elle a rédigé en français et que nous lirons avec émotion au déjeuner sous les palmiers.

Ce jour-là, nous nous apprêtons à traverser la ville de Santos. Nous avons un peu d’appréhension car, par expérience, nous savons que les traversées de ville sont rarement des parties de plaisir, d’autant que nous sommes samedi. Eh bien au contraire, nous nous régalons. L’infrastructure pour les vélos est impressionnante. Les pistes cyclables, sur lesquelles nous circulons depuis déjà près de 60 kilomètres, sont continues et de très bonnes qualités, nous sommes bluffés ! C’est très densément urbanisé mais le front de mer est plutôt joli et les plages sont belles. C’est exactement l’idée qu’on se fait des grandes baies urbanisées brésiliennes. Nous sommes régulièrement alpagués par des gens qui nous félicitent d’oser voyager en vélo avec des enfants, c’est très bon pour l’ego ! Après un second bac, nous arrivons à Bertioga qui marque la fin de la zone urbaine de Santos, ça devrait être plus vert par la suite. D’ailleurs, nous venons d’entrer officiellement sur la Costa Verde, portion de côte entre Sao Paulo et Rio de Janeiro, caractérisée par la Serra do Mar, chaîne de montagne recouverte par la Mata Atlantica qui se jette directement dans les eaux bleues paradisiaques de l’Atlantique. On est impatient de découvrir ces paysages !

L’occupation du territoire par ici est assez déconcertante. La grande ville a fait place à d’immenses condominios (quartiers privés à l’accès restreint aux seuls habitants, généralement gardés à l’entrée) qui bordent le littoral les uns à la suite des autres. L’accès à la plage n’est pas interdit, mais il est de fait très restreint, ce n’est pas très agréable. Ici, pas de villages de pêcheurs, mais de grandes zones résidentielles dont l’usage est certainement surtout à destination de personnes ayant les moyens et vivant à Sao Paulo. On a hâte d’en sortir, cela devrait se faire après Sao Sebastiao. Ce soir là, de nouveau nous sommes interpellés devant un magasin par Tami qui nous invite à dormir chez elle ! Incroyable ! Etant justement à la recherche d’un lieu pour la nuit, nous sautons sur l’occasion. Tami habite dans un de ces condominios, nous sommes chouchoutés : Tami qui vit dans une maison nous prête la maison attenante qui est aussi à elle. La maison est pour nous tout seuls, c’est très très classe, grand, et nous avons même… une piscine ! Autant vous dire qu’on profite.

En fin de de journée, alors que la musique est à fond depuis déjà longtemps chez Tami, elle nous invite à venir faire un barbecue chez elle. On pensait arriver chez un couple tranquille, bon eh bien… pas vraiment ! La maison est remplie d’adultes. On pense alors à une bande copains, de la famille. Ah non, toujours pas ! Là, Tami nous présente sa cuisinière, ici ses 3 gardes du corps armés. Ses ? Oui, ses gardes du corps. Armés ? Armés ! Ok, évaluation rapide de la situation, nos radars de situations potentiellement dangereuses s’allument, mais pas de dangers repérés. Tout le monde prend bien soin de nous, on mange bien, on boit (un peu) aussi, l’ambiance est plutôt cool. Au cours de la conversation, Tami nous explique l’origine de son impressionnante blessure au cou et de son handicap au bras droit : il y a plusieurs années, elle s’est fait… tirer une balle dans la tête puis a été laissée pour morte ! Comme elle le dit, c’est une miraculée, elle ne devrait pas être là aujourd’hui. Depuis ce jour, elle nous explique s’être mis comme mission d’aider une personne chaque jour. C’est donc notre tour aujourd’hui ! Plus tard dans la soirée, enfin vers 19h30, la situation commence à déraper : Tami dépose tout à coup plusieurs énormes liasses de billets au milieu de la table à manger, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Commence alors un jeu d’alcool : pour tout shot d’alcool fort avalé cul-sec, le participant gagne 50 reais. Bon, alcool, jeu d’argent, armes… On a beau ne pas se sentir en insécurité, et tout le monde a beau continuer à être très gentil avec nous, ça commence à faire un peu trop de choses qui ne nous plaisent pas en présence des enfants. Nous préférons nous éclipser discrètement. Quelle rencontre étonnante ! Encore une fois, nous avons été reçus comme des rois et avec beaucoup de gentillesse par de parfaits inconnus. Mais nous resterons avec cette question en suspend : qui est vraiment Tami ?

Le lendemain, nous sortons enfin de la zone urbanisée pour commencer à parcourir une partie de la côte bien plus sauvage. Les montagnes recouvertes par la Mata Atlantica se jettent abruptement dans l’océan. les couleurs sont incroyables : les verts de la forêt, les bleus de la mer, tour à tour profond ou turquoise, les plages de sable blanc, l’air saturé de soleil. C’est beau ! Les occasions de baignade sont nombreuses. Pour ne rien gâcher, la route recommence un peu à grimper, nous passons de petites baies en petites baies en franchissant de courts passages montagneux. Le premier est spécialement intense, pas très long mais la pente est forte. En milieu de côte, nous nous retrouvons derrière un camion qui transporte un chargement dément de brique, ça déborde partout. Il vient à peine de nous doubler à très très petite vitesse et s’engage dans l’épingle à cheveux juste devant nous qu’il pile… et commence à reculer. Petit moment de flottement, va-t-on se faire écraser comme des crêpes ?? Après quelques minutes, nous le doublons prudemment, le pauvre ne nous doublera pas, la pente était trop forte !

Nous finissons par arriver à Sao Sebastiao, puis nous filons vers Caraguatatuba. 1er juillet, dans un petit posto de bord de plage, nous goûtons enfin une noix de coco fraîche et son eau, les enfants ne connaissaient pas. Milieu de journée, nous sommes posés sur une plage paradisiaque pour le déjeuner : eau transparente, dauphins et tortue verte, palmiers, sable blanc. On est bien. C’est dans ce cadre idyllique que la tempête va pourtant s’abattre sur nous. La maman de Marie est malade et traitée contre un cancer depuis le mois d’octobre. Il a fallu faire avec cette composante inattendue depuis plusieurs mois, en essayant d’être présents au mieux malgré la distance. Mais cette fois-ci, son état de santé se dégrade vite et fort depuis plusieurs jours, la situation commence à être vraiment critique. Le papa de Marie nous appelle pour nous apprendre ces terribles nouvelles, nous sommes désemparés. Nous avions anticipé cette possibilité depuis longtemps, mais maintenant qu’on y est, on se prend une énorme claque. En quelques secondes, tout bascule : il ne nous faut donc pas longtemps pour prendre la décision de rentrer en urgence pour être avec nos proches, c’est vraiment le plus important. Mais que c’est difficile…

Initialement, nous avions prévu un retour tout en douceur et en lenteur : Rio – Londres en avion, Londres – Poole en vélo, Poole – Saint Malo en bateau, puis enfin Saint-Malo – Angers en passant par Nantes. Difficile de faire plus lent ! Nous allons donc rentrer de manière un peu plus brutale que prévu. Après avoir encaissé le coup de parpaing, tout s’enchaîne très, très vite. Maintenant que la décision est prise, on veut aller au plus vite. On se trouve une location depuis laquelle on va pouvoir organiser le rapatriement. Coup de fil à l’assurance, ouf, ils vont pouvoir nous prendre en charge de Sao Paolo jusqu’à Nantes. On peut choisir n’importe quel vol chez Air France, nous aurons des places dessus. C’est le soulagement. Il faut maintenant trouver de quoi emballer les vélos et gérer le transfert de 5 personnes, 5 vélos chacun dans une caisse en carton et environ 100 kilos de bagages de Caraguatatuba à Sao Paulo. C’est une bonne source de stress mais en 48h, tout est organisé ! Gestion de situation d’urgence sous pression : ça y est, on est rodé. Le 4, nous embarquons famille et matériel dans deux véhicules de location, filons jusqu’à l’aéroport international de Sao Paulo. Nous quittons le sol sud-américain et arrivons le 5 juillet à l’aéroport de Nantes. Nos proches sont là, nous allons pouvoir enfin tous entourer la maman de Marie, et ça, ça n’a pas de prix !

Cet article étant déjà bien long, nous publierons prochainement un petit article qui fera le bilan de notre aventure !

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