Chili con gastro

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En reprenant le fil des évènements depuis notre dernier article pour écrire celui-ci, on se dit qu’il s’en est passé des choses depuis le début du mois de mars ! Notre environnement a radicalement changé et des milliers de kilomètres ont été parcourus, pas tous à vélo il faut bien l’avouer, bref, il y a du nouveau ! Mais pause, reprenons plutôt depuis le début. Nous vous avions laissé à Coyhaique, en Patagonie chilienne après un super séjour chez Nicolas et Florencia. Nous sommes alors début mars, la météo commence à se dégrader avec l’arrivée de l’automne. Le parcours ayant vraiment été génial un peu plus au nord du Chili en début d’année, nous avions traîné volontairement tout en sachant que cela nous empêcherait probablement d’atteindre l’extrême sud de la Carretera Austral. Nous n’avons donc aucun regret au moment de commencer à penser à sortir de cette route mythique. Oui, ça aurait vraiment chouette d’atteindre El Chalten, mais nous avons vraiment le sentiment d’avoir profité à fond de ce séjour au Chili. Nous quittons donc Coyhaique avec pour objectif de sortir rapidement du pays, puis de filer vers le nord en bus pour trouver un peu plus de chaleur (spoiler alert : on va en trouver !). Mais au moment de quitter Nicolas, Florencia et leurs enfants, nous n’avons encore pas vraiment idée de notre future destination… Pour le moment, nous avons juste envie de nous emplir à fond de ces dernières sensations en Patagonie !

Après avoir dit au revoir à Nicolas et Florencia, nous quittons Coyhaique sous un grand soleil et entourés par de magnifiques massifs montagneux. Nous empruntons la route principale, il y a de la circulation, mais ça reste tout à fait raisonnable, ça déroule. La température est parfaite, le paysage sublime, oh là là, comme tout ça va nous manquer ! Le premier jour, le dénivelé est très raisonnable. Le ruban d’asphalte monte et descend, c’est très tranquille. On se trouve un petit spot de bivouac au bord d’une rivière à El Blanco. C’est école au bord de l’eau ce soir après un petit plouf dans la rivière pour se rafraîchir. Le lendemain, nous entamons la montée vers notre dernier col andin : 1 127 m d’altitude, maintenant ça nous paraît vraiment dérisoire… C’est une petite journée, il y a un peu de dénivelé, mais la pente est en moyenne raisonnable. On arrive en milieu d’après-midi au camping de la laguna Chiguay, suffisamment tôt pour profiter du lieu qui est vraiment sympa. C’est grand, c’est propre, il y a de la place, et il y a même des hamacs dans lesquels se poser. Seule chose qui nous étonne : les autres campeurs désinfectent… la pelouse, avec un asperseur laissé à disposition par le camping ! Pourquoi ? En Patagonie chilienne se balade un hantavirus, transmis notamment par l’urine des rongeurs. Cette version du virus, qui peut déclencher des troubles respiratoires importants, est dangereux de par le taux de mortalité qu’il provoque. En tout cas, il y a une forte communication autour de sa transmission dans les lieux fréquentés par les randonneurs et campeurs. Mais de là à désinfecter l’herbe… on est assez dubitatif ! Dans ce camping, nous rencontrons des volontaires qui participent à un programme d’arrachage d’arbres exotiques invasifs. Armés d’outils permettant d’arracher les jeunes arbres, et en échange de l’hébergement et de la nourriture gratuite, ils quadrillent patiemment la montagne afin d’en éradiquer un maximum, pendant une quinzaine de jours. Quel travail de fourmi !

Le lendemain, nous partons tôt et commençons la journée d’une façon très douce : le soleil est bas, l’air frais nous caresse le visage, tout est calme et apaisé. Nous commençons par une grosse dizaine de kilomètres de descente. Puis c’est la montée finale, en vérité plutôt un faux plat montant très tranquille. Au bout de quelques kilomètres, nous voyons au loin un cyclo arrêté au bord de la route, qui farfouille on ne sait quoi dans les fourrés en contrebas. Arrivés à son niveau, nous nous arrêtons pour voir ce qu’il se passe. Il nous fait signe de la main : il y a un huemul juste au bord de la route ! Cet animal, très semblable à une biche, est fortement présent dans la région, plein de panneaux rappellent sa présence aux automobilistes, leur demandant de ralentir. Quelle chance de pouvoir en observer un ! Celui-ci n’est vraiment pas farouche et nous laisse l’admirer pendant plusieurs minutes. Nous continuons notre ascension à travers ce massif montagneux coloré, c’est beau !

Un petit casse-croûte au col, emmitouflés dans nos vestes car un vent frais souffle, et nous voilà à redescendre de l’autre côté. Au détour d’un virage, nous déboulons à un point de vue à couper le souffle : devant nous se découvre, majestueux, le Cerro Castillo, et la vallée qui s’étend à ses pieds. Les nuages en altitude, sans cacher le sommet du Cerro Castillo, assombrissent le paysage et les roches noires pour mettre d’autant en valeur les glaciers au sommet. La vallée est superbe, le rio coule paresseusement au fond, les glaciers se laissent apercevoir. On voit sur des kilomètres à la ronde depuis notre perchoir, c’est beau ! Nous sommes émus car nous savons que nous vivons là nos derniers kilomètres au sein de la Cordillère des Andes. Que de kilomètres parcourus ! Qu’est-ce que c’était extraordinaire ! Comme nous nous sommes régalés en famille, et comme nous avons aimé chaque journée au sein de cette incroyable chaîne de montagnes ! Nous partons heureux vers d’autres paysages, mais aujourd’hui nous avons un gros pincement au cœur. Il est si difficile de quitter ces paysages merveilleux…

Nous finissons la descente le long de l’ancienne vallée glaciaire, la route passe d’ailleurs par-dessus des moraines gigantesques, et nous arrivons à Puerto Ibanez au bord du lac General Carrera. Après une nuit dans cette petite ville, nous prenons place à bord du ferry qui va nous permettre de traverser dans sa largeur le plus grand lac du Chili (et dont la moitié se trouve en Argentine). Alors que les enfants profitent de la télé à l’intérieur, nous (Marie et Olivier) restons sur le pont extérieur, hypnotisés par la beauté des lieux dans lesquels se faufile le bateau. Depuis la surface du lac, nous avons une vue à 360 degrés sur cette ancienne vallée glaciaire massive. Les roches ont littéralement été polies par des années d’écoulement glaciaire. Les nuages ajoutent à ça une lumière dramatique qui amplifie la force de ce paysage. Au départ de Puerto Ibanez qui se trouve dans une baie, l’eau est plutôt bleue clair, un peu laiteuse. Puis, après avoir contourné des roches immenses, nous débouchons dans le lac proprement dit, la profondeur augmente (590 m au plus profond) et l’eau prend une teinte bleue profond incroyable ! Et nous voilà arrivés à Chile Chico, notre dernière étape au Chili !

Ne sachant toujours pas vraiment bien où nous continuer notre périple, on se dit qu’on va prendre notre temps à Chile Chico pour bien réfléchir à la suite des évènements. Mais ça, c’était sans compter la gastro qui s’invite chez nous ! Oui, super !!! Chili con gastro pour notre sortie du territoire ! Juste avant le dîner, Sofia vomit, elle réitérera chaque heure jusqu’à 5h du matin, pour le plus grand plaisir d’Olivier qui l’aide autant que faire se peut. Notre frousse, c’est que les sacs de couchage ne soient salis : comme ils sont en duvet, le séchage est plus compliqué, surtout avec la pluie qui tombe dehors. Mais ouf, rien du tout ! Quant à Nahuel, il a mal au ventre, à la tête et aussi des petits problèmes gastriques, et Marie ne se sent pas au top ! On reste donc pour une journée de repos, on en profite pour passer au poste de santé pour faire examiner la pauvre Sofia qui a beaucoup de mal à s’hydrater. Mais le lendemain, nous sommes obligés de reprendre les vélos malgré notre équipe de bras cassés car nous voilà à l’extrême limite de notre visa au Chili : ça fait trois mois jour pour jour que nous y sommes ! Nous démontons le camp, parcourons les quelques kilomètres qui nous séparent de la frontière, la traversons (avec émotion), et allons nous installer le camp à Los Antiguos, ville frontière côté argentin. C’est fou comme deux villes, pourtant si proches, peuvent être si différentes. Côté chilien, c’est très propre, organisé, il y a des trottoirs, un code de la route méticuleusement respecté ; côté argentin, c’est bien plus le grand bazar, le chantier et la jungle concernant le code de la route, et puis le papier toilette tellement fin qu’il fait passer l’OCB pour du papier buvard (alors oui on peut en faire des rouleau de 80 mètres facilement, mais quand à remplir sa mission première, il est à ch***) ! Nous nous installons de nouveau dans un camping, plutôt chouette avec des beaux arbres et de l’herbe (vive l’arrosage, sinon c’est de la poussière), on est calé. Et heureusement, car nous n’en avons pas fini avec la gastro ! Alors que Sofia et Nahuel se remettent lentement, Marie prend le relais puis Alicia. Vraiment sympa !

Au total, nous y restons quatre jours et demi, le temps de remettre tout le monde d’aplomb mais aussi… de penser à la suite de notre périple ! Nous n’avions pas de plan mais beaucoup d’envies. Nous avons composé au mieux pour satisfaire les rêves de chacun mais aussi être réalistes quant à nos possibilités financières. L’objectif était de toute façon de remonter vers le nord pour retrouver des conditions météo moins froides et pluvieuses. Nous aurions aimé, d’une façon ou d’une autre atteindre le bassin amazonien. Mais cela nous aurait forcé à avancer au pas de course, enfin beaucoup plus que ce que nous choisissons finalement, et nous n’étions pas sûrs que cela aurait été réalisable en termes de finances. Alors on s’est posé la question : pourquoi voulons-nous remonter si haut ? Pour le nom, mythique, et tout ce que ça représente dans notre imaginaire, pour l’ambiance tropicale chaude, la forêt et les animaux. Et on s’est souvenu de récit de quelques cyclos qui nous avaient déjà parlé avec beaucoup d’enthousiasme d’un pays fort méconnu chez nous : le Paraguay ! Nous n’avions pas vraiment pensé à le placer sur notre itinéraire, c’est d’ailleurs un pays un peu en dehors des circuits touristiques “classiques”. Nous n’avions aucune idée ni de sa géographie, ni de sa culture, ni de rien de tout en fait ! Attends, un pays inconnu ? Du climat tropical ? Une gastronomie riche ? Des habitants réputés pour leur hospitalité ? Des cascades, des forêts et des chemins de terre rouge ? Qui nous emmène direct au Brésil d’où nous pourrions repartir vers l’Europe ??? Vendu !! Paraguay puis Brésil, le voilà le troisième et dernier chapitre de notre périple ! Après les montagnes arides du Pérou, de l’altiplano bolivien et du nord argentin, les montagnes verdoyantes, les glaciers et les torrents déchaînés de la Patagonie chilienne, nous irons donc explorer l’environnement tropical du Paraguay et la Mata Atlantica brésilienne ! Youhou !!

Depuis notre petit village de Los Antiguos, perdu au fin fond de la Patagonie argentine, nous voilà donc à organiser notre transfert vers quelque part au Paraguay, distant de quelque 2600 kilomètres à vol d’oiseau. Vu la distance, impossible d’envisager ça en vélo, et nous ne voulons surtout pas prendre l’avion. Cela signifie que nous allons devoir reprendre le bus en Argentine ! Joie et félicité ! Mais cette fois, on va jouer avec leurs règles du jeu pour minimiser les risques de se prendre la tête, et on va envoyer les vélos et une petite partie des bagages par colis. Décision est prise de reprendre le vélo à Clorinda, ville argentine située en face d’Asuncion, capitale du Paraguay (oui, nous aussi on l’a appris). Mais, ce serait trop simple de pouvoir les envoyer d’une traite ! Nous allons devoir le faire en deux fois : Los Antiguos – Caleta Oliva, puis Caleta Olivia – Clorinda. Après avoir expédié les vélos la veille, nous prenons le premier bus d’une longue migration le 15 mars à destination de Caleta Olivia : 7h00 de trajet, ça va !! Nous passerons sur les quelques grains de sable qui ont tenté de se glisser au milieu des rouages de cette belle organisation (comme un guichet fermé pour raison de gueule de bois, etc.) car pour une fois le chargement des bagages se déroule sans encombre, et ça c’est magique. Nous débarquons à la nuit dans ce que nous avons pu ensuite placer dans le top 3 des villes les plus moches du voyage ! Houuu que c’est vilain ! La ville est très étendue, vraiment polluée, au milieu du désert, loin, très loin de tout mais au bord de l’océan ! A part l’industrie du pétrole, on voit mal quelles sont les ressources ici. Après avoir réceptionné, emballé puis re-expédié les vélos plus quelques autres choses (les tentes notamment) vers Clorinda le lendemain, nous nous baladons, décidés à trouver quelque chose de beau ici… peine perdue ! Nous nous arrêtons à l’office du tourisme (on ne sait jamais, sur un malentendu…) : on se fait littéralement sauter dessus (très gentiment) par les personnes à l’intérieur qui n’ont pas l’air de voir beaucoup de touristes. Ils insistent pour nous prendre en photo devant LA statue monumentale de la ville à la gloire des ouvriers du pétrole. Elle a probablement fini sur le fil Instagram de la ville ! Et lorsque, le lendemain, nous prenons le taxi pour aller voir une colonie de lions de mer, la conductrice nous demande même : « Mais comment avez-vous atterri ici ?? ».

Le 17 mars, nous prenons le bus à 5h30. Nous avons chacun un gros sac, de moins de 20 kg : tout se passe sans encombres ni prises de tête avec le chauffeur ! Incroyable ! C’est parti pour 29h00 de bus à destination de Buenos Aires, prochaine étape de la migration ! Notre trajet en bus vers le nord nous y faisait de toute façon passer, autant en profiter pour visiter cette belle capitale. Les vélos mettront une petite semaine à atteindre Clorinda donc nous ne sommes pas pressés. Le trajet (un poil longuet…) se passe bien et nous débarquons le 18 à Buenos Aires, ravis évidemment de nous trouver sur les bouchons du périphérique ! A l’arrivée, on se fait complètement plumer, mais alors en toute beauté, par le taxi qui nous emmène au logement que nous avons réservé. 6 à 7 fois le prix normal, PAF ! On n’y a vu que du feu ! Le malin a dû voir sur nos fronts qu’on ne connaissait rien au coût de la vie local, il en a bien profité. Bref, c’est le jeu ! On sent que nous avons déjà gagné quelques degrés de température. Nous prenons nos quartiers dans un petit hostal dans un vieux, très vieux bâtiment. C’est un peu décrépi, mais l’intérieur a beaucoup de charme : les hauteurs sous plafond sont invraisemblables, l’entrée se fait par un vieil escalier en pierre blanche, les baies vitrées intérieures qui donnent sur un patio font très art déco (après, on n’est pas expert non plus…) et dans la chambre où nous dormons tous, le plafond est en voûtes de brique. Gonzalo, le tout jeune gérant, nous accueille très chaleureusement. Il est en train de finaliser la création d’un espace culturel au rez-de-chaussée, les enfants s’incrustent dans le chantier avant qu’on ait eu le temps de dire “ouf”, et on les retrouve avec des personnes en train de finaliser quelques objets déco. Et comme Buenos Aires reste Buenos Aires, nous aurons le droit à une coupure d’eau et d’électricité de 36h juste dans ce bâtiment.

Nous ne sommes pas vraiment adeptes des grandes villes, loin s’en faut, mais il faut reconnaître que nous sommes plutôt contents de remettre à nouveau les pieds dans cette belle ville où nous étions passés, lors de notre première remontée du continent en 2013. Première chose à faire toutefois : acheter les billets de bus à destination de Clorinda. Puis nous commençons à profiter des plaisirs touristiques de la ville. Direction le marché de San Telmo pour déjeuner. Petite déception : le lieu est rempli de gringos débarqués du bateau de croisière amarré au port pour la journée et les prix pratiqués sont, gloups, dingos ! Ça sent le piège à touristes tout ça. Et effectivement, les jours suivants, il nous suffira de nous écarter de quelques pâtés de maisons des points hautement touristiques pour trouver, en ce qui concerne la nourriture du moins, des prix au moins deux fois et parfois quatre fois moins élevés pour les mêmes produits (4500 $ARS l’empanada au marche de San Telmo, 1000 à quelques quadras plus loin) !

Nous passons 3 jours et demi à arpenter la ville : Reserva Ecologica Costanera Sur, La Boca, Plaza Francia sous la pluie, les quais de Puerto Madero, Palermo, marché dominical de San Telmo, etc. Les enfants prennent le métro pour la première fois, c’est un comble ! Olivier et Sofia en profitent pour se faire couper les cheveux. Les grandes villes, c’est pas notre truc mais on doit admettre que c’est un séjour très chouette !

23 mars, c’est reparti ! On embarque dans le bus à 19h00 pour 17h de bus cette fois (facile !). Petite prise de tête avec le chauffeur et le chargeur qui malgré le fait qu’on ait vraiment respecté à la lettre toutes les contraintes liées aux bagages, essayent quand même de nous racketter quelques pesos, c’est vraiment pénible (mais mal nous connaître pour le coup). Et enfin, le 24 en milieu de journée, nous descendons du bus à Clorinda ! Changement TOTAL d’ambiance, ça y est on sent qu’on a fini notre grand bond en avant : chaleur, air moite, végétation tropicale, singes dans les rues, environnement urbain complètement différent, moustiques, tout est TELLEMENT différent !! Nous (les parents) sommes vraiment vraiment contents de retrouver à nouveau ce type d’environnement et de nous dire que les enfants vont pouvoir le découvrir à leur tour ! Nous sommes crevés, vraiment, et assommés de chaleur. Mais les sens en éveil, on observe tout ce qui nous entoure et on ressent toute cette nouveauté. Nous récupérons les vélos sans aucun problème ni casses majeures, ouf ! Et voilà, c’est parti, le troisième chapitre notre périple commence ! Nous sommes maintenant impatients de passer la frontière et de donner nos premiers tours de roue au Paraguay !!!

Mais ça, ça ! c’est pour un prochain article !!

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