Entre forêts, fjords et volcans

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Il y a des villes qui ne sont pas vraiment belles mais qui ont pourtant un charme certain. À nos yeux, Puerto Montt en fait partie. Nous nous y étions arrêtés il y a treize ans, et sommes contents d’y passer à nouveau quelques jours avec les enfants. Peut-être l’ambiance de ville portuaire et l’odeur de la mer qui nous rappellent Nantes et la Bretagne… En tout cas, pour la première fois depuis le tout début de notre aventure à Lima, nous revoyons enfin l’océan Pacifique !! Même si ce n’est pas la mer ouverte, puisque Puerto Montt se situe au fond d’un golfe, cela fait vraiment plaisir de revoir l’océan !

Nous essayons en général d’éviter les grandes villes (notre dernière pause citadine était à Salta fin novembre !) mais là, nous avons de nombreuses choses à faire. Nous commençons par le plus urgent : l’entretien et la réparation des vélos (le vélo de Sofia n’était pas prêt pour un si long périple, ni pour autant de kilomètres de piste !). Nous avons également le grand plaisir d’aller faire une… virée shopping à l’énorme mall (centre commercial), verrue énorme et laide posée en plein sur le front de mer. Mais quel enfer cet endroit ! C’est gigantesque, des boutiques par dizaines, réparties sur beaucoup trop d’étages et entre deux bâtiments immenses, et vendant à 99 %… de la daube ! Merci société de consommation ! On a même réussi (véridique) à s’y perdre au moment de chercher la sortie. Mais c’était un peu le passage obligé car à l’intérieur s’y trouve un… Décathlon ! Et comme les enfants ont décidé de grandir beaucoup trop vite, on est bien content de pouvoir y trouver des vêtements à leur taille !

Durant ces trois jours passés à Puerto Montt, les enfants sont aussi très contents de passer un peu de temps « à ne rien faire », à savoir qu’on les laisse lire en paix sans sortir de la petite cabana que nous avons loué. Cette location est on ne peut plus simple et dans un quartier plutôt populaire, elle nous offre un abri et surtout, surtout !! une chambre pour chaque enfant. Ce petit semblant d’intimité leur fait du bien, nous qui sommes H24 ensemble. Lorsque la pluie cesse, nous passons également du temps à nous balader sur le front de mer et dans le quartier muy tipico d’Angelmo. Ce dernier abrite un marché artisanal, des petits restaurants vraiment chouettes avec vue sur mer et un super marché aux poissons. On y découvre les produits de la mer locaux : les poissons, les coquillages (beaucoup trop de noms nouveaux, on n’a absolument pas tout retenu), le saumon fumé artisanal, des guirlandes de mollusques séchés, etc. C’est… odorant ! Et, clou du spectacle : à l’arrière du marché se trouve une plate-forme donnant sur une petite plage, sur laquelle ont été disposées des bennes à ordures gigantesques destinées à recueillir les déchets du marché. Une petite rampe permet également aux pêcheurs de remonter le produit de leur pêche de la plage directement au marché… et aux otaries à crinière de remonter vers les bennes à ordures pleines de reste de poissons ! Pour les enfants, le spectacle est incroyable, et puis voir des otaries à crinière de si près, c’est assez impressionnant ! Bon, après, c’est vrai que voir des otaries à crinière dans une benne à ordure, c’est mi-fascinant mi-navrant !

Une fois toutes nos missions remplies (n’oublions pas le combo gagnant lessive – leçons – courses, avec un petit bonus évaluations mensuelles pour tout le monde svp), nous reprenons la route avec plaisir ! Un programme (encore une fois) très sympa nous attend : nous allons arriver sur la Carretera Austral, route mythique pour les cyclo-voyageurs ! Cette dernière, longue de 1240 km, relie les villes de Puerto Montt et Villa O’Higgins à travers des paysages de montagnes, de glaciers, de forêts et de torrents glaciaires. Nous l’avions déjà emprunté il y a treize ans, elle fait partie des rares routes que nous avons à cœur de reparcourir tellement ses paysages nous avaient marqués ! Serons-nous déçus ou au contraire ravis ? En tout cas, cette fois-ci, nous débutons différemment : la dernière fois, nous avions délibérément zappé le début en prenant un ferry de Puerto Montt jusqu’à Chaiten. Cette fois-ci, nous avons à cœur d’y entrer plus au nord par son point de départ historique, Cochamo, et non en longeant la côte depuis Puerto Montt. Pour ce faire, il va nous falloir rebrousser chemin momentanément vers le nord et faire un “petit” détour de 125 km… On n’est plus à ça près ! Nous avons déjà un bon mois de retard sur notre semblant de planing initial, donc ne nous mettons pas de pression, et considérons qu’il nous reste encore un peu d’avance sur notre prochain retard.

Nous partons donc de Puerto Montt, en suivant une piste cyclable plutôt bien aménagée en sortie de ville, puis de petites routes de campagne qui nous permettent d’atteindre le lac Llanquihue dans l’après-midi. Nous essuyons un refus dans une ferme où nous avions demandé l’hospitalité, et continuons donc jusqu’à la prochaine plage publique. Le contraste avec le départ de ce matin, sous la pluie et en pleine ville, est flagrant : nous voici en maillot de bain sur la plage. Ça fait plaisir ! Nous installons un bivouac de rêve (mais en vérité pas très légal, hum hum) cachés sous des arbres à quelques mètres de l’eau. Avec le lever de lune le soir sur le volcan Osorno en face et la plage pour nous tout seuls, c’est magique ! Vers 3 heure du matin, un petit groupe de personnes vient s’installer pour dormir à quelques mètres de nos tentes, sans même nous remarquer.

Le jour suivant, la route d’asphalte déroule tranquillement : nous continuons à longer les rives du deuxième plus grand lac du Chili jusqu’à arriver presque au pied du volcan Osorno, puis bifurquons vers le sud. Après un premier spot de bivouac potentiel, nous (les parents, pas convaincus) prenons la décision de continuer encore un peu, au grand dam des enfants, évidemment. Quelques kilomètres, et une belle petite côte (vivas du côté des enfants) plus loin, nous nous arrêtons au niveau d’un groupe de kayakistes en train de remballer leur barda sur leur camion. Après un rapide échange avec eux, nous nous faufilons sur le petit sentier duquel ils arrivent et qui nous emmène droit sur un nouveau spot de bivouac paradisiaque : un petit lac tout calme, au cœur d’une forêt, pas d’accès véhicules motorisés (l’assurance d’une nuit peinards avec plage privatisée), encore une fois pleine vue sur le volcan Osorno et une jolie petite plage pour poser les tentes. Comme nous arrivons tôt, les enfants ont le temps de faire leurs leçons, les pieds dans le sable, puis de passer le reste du temps à jouer dans l’eau, à papoter avec la famille chilienne qui partage les lieux avec nous en cette fin d’après-midi (et qui nous prêtera très gentiment un stand-up paddle). Bon, la fin de cette halte est bieeeeen moins paradisiaque avec la pluie et le vent qui s’invitent dans la nuit, et un repliage de tente sous une pluie soutenue et de bonnes bourrasques qui nous donne l’impression de replier des éponges mouillées et non nos tentes… Le contraste avec la journée précédente est impressionnant ! C’est la Patagonie ! Il va falloir faire avec, nous allons probablement être plus attentifs aux prévisions météo les prochaines semaines…

Pour ne rien arranger, la soudure sur le cadre d’Olivier réparée il y a quelque temps cède à nouveau ! Bon, elle avait été réalisée un peu à l’arrache, nous ne sommes pas plus étonnés que ça. Heureusement, l’esprit de McGyver nous accompagne : nous improvisons un joli petit bricolage à base de sangle pour sécuriser le cadre et pouvons reprendre la route. C’est l’occasion d’une pause d’une journée au petit et joli village de Cochamo, au fond de son majestueux fjord, pour réparer ça plus sérieusement. Il nous faudra seulement 15 minutes pour trouver un soudeur sérieux : 5 minutes pour rencontrer un soudeur professionnel en vacances dans le camping, qui est chaud et nous affirme pouvoir trouver le matériel adéquat sur place, 5 autres minutes pour constater que sa consommation de bières est au-delà du raisonnable et donc ne pas retenir cette option, et 5 dernières minutes pour laisser la boulangère passer deux coups de téléphone. Un bon soudeur c’est bien, un bon soudeur sobre c’est mieux.

Et c’est reparti ! La route chemine au fond du fjord, nous voyons de nombreuses cascades qui dévalent les pentes autour de nous. Le fjord est plein d’élevages de saumon, leur nombre est impressionnant ! Nous atteignons la portion de piste qui longe la rive jusqu’à rejoindre la route principale en provenance de Puerto Montt. Il y a quelques jours, nous avions croisé un autre cyclo-voyageur, adulte et dans la force de l’âge. Nous nous croisions alors car il venait de faire demi-tour, effrayé par la dureté de l’horrible piste devant nous… Il avait insisté lourdement en nous demandant plusieurs fois si nous étions bien sûrs de savoir ce vers quoi nous nous dirigions. Nous n’étions alors pas plus inquiets que ça, chacun ayant ses propres limites ; et peu de pistes pouvant, à nos yeux, être pires que celles parcourues plus au nord… Bon, nous avons bien fait, car effectivement il s’agissait d’une piste véritablement roulante et agréable en fait ! Comme quoi, chacun son voyage. Suivant sa motivation, le temps dont on dispose, la météo, les rencontres, ce qui nous a amené ici… tout un tas de paramètres en fait, il n’y a pas deux cyclo-voyageurs qui vivent et voient les mêmes choses sur une même route !

Nous nous dirigeons vers la sortie du fjord et débouchons sur l’océan, de nouveau dans le Golfe de Puerto Montt. Nous retrouvons le flot des véhicules qui arrivent par le bac de Puerto Montt, mais pas pour longtemps puisque nous décidons encore une fois de délaisser l’axe principal pour prendre un grand bol d’air marin en longeant la côte. Nous aurons très peu d’occasions pendant ce voyage de rouler littéralement au bord du Pacifique, on en profite !! Et quel plaisir : on longe vraiment la côte, c’est plat, c’est beau et paisible ! Le soleil est au rendez-vous pour sublimer tout ça ! On suit les mouvements de la marée au fur et à mesure de la journée et on profite des odeurs d’algues. On récupère de mauvais ripio pour une vingtaine de kilomètres, c’est un peu plus dur ! Mais le paysage est d’une grande beauté. Sur notre droite, l’océan qui nous accueille avec un banc de dauphins le premier soir. Sur notre gauche, nous traversons quelques petits villages colorés agrémentés de quelques vaches qui prennent le soleil sur la plage. Et face à nous, vers l’est, les montagnes qui ré-apparaissent, majestueuses et parfois blanchies en leurs sommets par des glaciers. C’est à couper le souffle ! Vraiment, ce “détour” en vaut la peine !

Nous faisons une pause d’une journée à Punta Poe. Ce n’était pas prévu mais nous sommes tombés sur un petit camping, où nous pouvons encore une fois camper à 5 mètres de la plage, bien à l’abri derrière une haie d’arbres penchés par la force du vent. Nous sommes presque seuls mais surtout, cette plage abrite des formations géologiques très intéressantes, d’origine volcanique, issues de coulées de lave refroidies. En refroidissant, ces laves ont formé des « orgues de basalte », longues colonnes noires de section hexagonale et de nombreuses petits grottes. Nous passons la matinée à explorer la plage, grimper sur ces rochers particuliers et juste admirer la beauté des lieux.

Nous continuons jusqu’à Hornopiren, où nous sommes accueillis par David pour la nuit, dans son refuge qu’il a crée pour les cyclo-voyageurs. C’est très simple, il s’agit de son jardin dans lequel il a délimité des emplacements pour les tentes entre les feuilles de Nalca. Mais comme nous sommes avec les enfants, il insiste pour que nous dormions dans sa cabane, lui-même dormira dans sa tente… Trop sympa ! On nous a déjà dit pendant ce voyage : « ne refuse pas l’aide qu’on te propose », alors depuis, on dit “oui” et on remercie. Le lendemain, c’est le début de la mission : la partie purement terrestre de la route « bi-modale » s’arrêtant là, nous devons prendre deux ferrys successifs pour rallier Caleta Gonzalo. Ensuite, nous devrons rouler 56 km jusqu’au prochain village, Chaiten, dont une bonne partie dans le parc Pumalin, crée par le fondateur de la marque Patagonia. Il n’y a pas vraiment d’abri ni de village entre Caleta Gonzalo et Chaiten, hormis quelques campings du parc, apparemment hors de prix. Très bien, nous camperons ou bivouaquerons quelque part… Sauf que les prévisions météo sont très mauvaises : grooosse pluie et vent pour les deux prochains jours… Bof, la motivation en prend un coup. Décision est prise : aucune envie de se faire tremper. Les billets de bateau étant déjà achetés, nous allons tenter de trouver un ou des véhicules dans lesquels embarquer tout notre matériel jusqu’à Chaiten. Et si on ne trouve pas, on préfère vraiment attendre l’éclaircie prévue trois jours plus tard.

Le 9 février, à 8h00, nous sommes sur le port pour faire du pouce le long de la file de véhicules prêts à embarquer dans le ferry. Rapidement, nous trouvons un premier pick-up conduit par un couple de touristes originaires de Las Vegas dans lequel pourront monter Alicia, Sofia, Marie et tout leur matériel. Rapidement, un second pick-up embarque les vélos de Nahuel et Olivier, sans pouvoir faire monter Olivier et Nahuel à l’intérieur… Qu’à cela ne tienne, ces derniers trouvent à embarquer dans un poids lourd ! Bon, c’était un peu le bazar mais au moment du départ, tout est bon, le trajet est géré jusqu’à Chaiten. Ouf, on va pouvoir partir aujourd’hui et échapper à la pluie ! Le trajet se passe bien, on navigue dans un beau fjord. Et quand on voit le bouchon de pluie vers lequel on se dirige, on est content de s’être trouvé un moyen motorisé pour rejoindre un abri. Sauf que… sauf que le voyage est ce qu’il est, à savoir plein de surprises, bonnes ou mauvaises, et de rebondissements !! À la sortie du bateau, nous trouvons le jeune couple chilien qui devait emmener lE matériel de Olivier et Nahuel en train de décharger toutes les affaires au bord du chemin. Gloups ! On se précipite pour comprendre ce qu’il se passe. Ils ont juste… changé d’avis ! Eh bien, nickel, merci les gars ! C’est pas comme si on avait 3 enfants, 56 km dont 35 de piste au milieu de pas grand-chose et un paquet de pâtes en guise de garde-manger.

Allez, on est un peu dégoûté mais on préfère en rigoler, et faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et puis, une famille argentine avec une jeune fille de 12 ans, Almendra, a débarqué avec nous. On positive, ça va être l’occasion de rouler un peu avec une autre famille ! On quitte rapidement le “port” pour s’enfoncer dans la forêt du parc Pumalin via une piste plutôt agréable. Ça monte, mais tout le monde est motivé ! Au bout de 15 km, on finit par atteindre le camp Cascadas Escondidas où nous allons pouvoir monter les tentes. Ces dernières sont trempées, et vu l’humidité ambiante, même s’il ne pleut pas encore, rien ne sèche… Et pendant la nuit, la pluie commence ! Au matin, on arrive à avoir, par chance, une petite fenêtre sans pluie pour replier le camp, mais au moment du départ, c’est le déluge ! La famille argentine préfère de son côté faire le dos rond et rester au camp en espérant avoir plus de chance demain. Vu les prévisions, nous préférons foncer jusqu’à Chaiten pour être à l’abri dès ce soir. Mais les enfants sont tristes de ne pas rouler plus avec leur nouvelle copine. C’est donc emballés au mieux que dans nos vêtements de pluie que nous partons. Vu les paquets d’eau qu’on se prend, autant vous dire qu’on est vite trempés des pieds à la tête, ça fait « floch floch » dans les chaussures. Le téléphone d’Olivier, pourtant “protégé” dans un zip-lock dans la poche de son imperméable, rend l’âme au fond d’un bon bain. Les enfants sont vraiment vaillants, tout le monde avance tant bien que mal dans la bonne humeur malgré les conditions. C’est dommage car le parc a vraiment l’air magnifique, il doit y avoir de très belles choses à voir, mais n’aurons pas l’occasion d’en voir beaucoup… Nous aurons quand même la chance d’apercevoir le sommet nu et rocailleux du volcan Chaiten que nous contournons par l’est.

C’est donc affamés, trempés et grelottants que nous arrivons à Chaiten en début d’après-midi. Il était temps, les troupes sont frigorifiées et fatiguées ! Nous entrons un peu à l’arrache dans la première cabana trouvée, avec deux poêles ronflants, des lits et des serviettes (en coton !!!) dans lequel nous reposer une journée. Les prix ont augmenté, mais là, on a vraiment besoin de faire sécher nos affaires avant de continuer toujours plus au sud.

Plus au sud ? Ça, ce sera pour le prochain épisode !

Généré avec Hugo
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