Premières semaines au Brésil

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Après le court arrêt à Puerto Iguazu pour profiter des chutes d’Iguazu côté argentin, nous quittons définitivement l’Argentine pour entrer au Brésil le 16 juin. Les enfants sont ravis, ils ont envie de découvrir ce beau pays dont Marie leur a souvent parlé.

Ce passage inaugure une longue période de pause sans vélo car nous nous apprêtons à faire une dizaine de jours de volontariat dans la structure portée par Anne-Sophie, française installée au Brésil depuis déjà de nombreuses années. Cela fait déjà un moment que l’idée de dépenser notre énergie non pas pour rouler mais pour faire avancer un projet local durant quelques jours nous trotte en tête. Cette opportunité tombe à pic : les enfants sont contents de se sédentariser un peu, et Anne-Sophie et Thiago, son mari brésilien, ont deux petites filles dans les âges de Sofia et Alicia qui parlent parfaitement français. Un toit fixe, deux copines, et… la scolarité à avancer, quand même, mais un peu de confort assuré et de pause en termes d’effort physique : les enfants sont ravis !

Après un passage de frontière express et un début de parcours sur autoroute (quel plaisir !), nous arrivons donc à Fazenda Fazendo, dans un petit quartier tranquille de la grande ville de Foz do Iguaçu. Nous en apprenons plus sur le projet d’Anne-Sophie, qui a débuté il y a un peu plus d’un an. La ville de Foz lui prête de supers locaux : une grande bâtisse avec une vaste salle polyvalente, des sanitaires, une grande cuisine, construite sur un vaste terrain avec terrain de sport et vestiaires, jardin, cours d’eau et petit bois, et petite maison attenante. À l’extérieur, tout pousse très vite, certaines zones sont totalement envahies de végétation. Anne-Sophie projette d’organiser un évènement début juillet. Pour pouvoir accueillir du public, il faudrait rendre plus accessible le site, et notamment son accès principal. Ce sera notre mission principale : le défrichage et nettoyage d’une partie du terrain. Nahuel et Sofia passeront du temps au désherbage, Alicia au ponçage et application de cire végétale sur les volets bois en compagnie de Marcus, bénévole britannique présent en même temps que nous. Bon, on ne va pas se mentir, les enfants ont passé des heures à jouer avec Gaby et Lilu, les filles de Anne-Sophie et Thiago, mais ils ont aussi bien participé à leur niveau. En échange, Anne-Sophie nous héberge sur place, nous cuisine de temps en temps de délicieux repas végans (on découvre de nouvelles recettes, on se régale et on apprend), et nous prenons part à quelques activités : Nahuel apprend à faire du monocycle, Thiago (qui est artiste circassien) apprend aux enfants les rudiments du trapèze et du tissu aérien, il y a des ateliers macramé / crochet et break dance. Le soir, c’est repas – film avec les enfants. Et les enfants ont l’immense bonheur de trouver une malle de déguisement lors d’un déjeuner chez Anne-Sophie, ils sont tellement contents !

Nous visitons le centre d’étude de Conscientologie de Foz do Iguaçu, qui nous laisse une impression disons… mitigée. Le principe du lieu c’est l’étude de la conscience, selon des méthodes dites scientifiques qui nous laissent perplexes. Le principe de ce mouvement de pensée, initiée par une personne se prétendant medium, est que la conscience existe indépendamment de l’enveloppe corporelle. Bon. Et donc, tout plein de personnes viennent en ce lieu, dont les infrastructures sont étonnamment modernes et futuristes, pour y étudier la conscience. L’image du fondateur est partout, sous la forme de photos de lui tout de blanc vêtu, des souliers au chapeau, avec son immense barbe blanche de vieux sage, en mode Dieu le père, ou encore d’objets lui ayant appartenu exposés dans des vitrines. On n’est pas loin du culte de la personnalité quand même là, non ? À l’heure du déjeuner, de nombreuses personnes se rendent manger au restaurant du site, ils sont en large majorité également tous habillés en blanc. Une partie de l’explication : le blanc est « perçu comme un filtre ou un bouclier qui aide à maintenir l’équilibre des énergies et la stabilité de l’aura ». Bon. L’ami d’Anne-Sophie qui travaille ici prend très gentiment deux heures de son temps pour nous faire visiter le lieu et nous expliquer le concept. Mais soit nous manquons d’ouverture d’esprit, soit ce mouvement tire quand même pas mal sur la secte. En tout cas, nous restons extrêmement dubitatifs.

Nous visitons également le Parque das Aves (Parc des Oiseaux), conseillé par Anne-Sophie qui connaît les fondateurs du lieu. C’est un parc qui présente des oiseaux d’Amérique du Sud et qui s’occupe d’oiseaux victimes de braconnage et de commerce illégal. Bon il n’y a pas que ça, et ce sont des animaux en volière. Mais le site est très bien fait, et il faut reconnaître que les volières sont vraiment de très grandes tailles, super bien entretenues et très végétalisées (en réalité elles sont construites directement dans la forêt). C’est une belle visite.

De toute la semaine, nous ne sortons pas beaucoup finalement. Notre occupation majeure est d’organiser notre prochain transfert en bus. En effet, le temps va commencer à nous manquer pour arriver à Rio à temps, et pas mal de gens (cyclos ou non), nous ont avertis que la route entre Foz et la côte ne présente pas spécialement d’intérêt, et est assez dangereuse à cause du trafic et du manque de place sur la chaussée. N’ayant pas envie de nous prendre la tête, ni de prendre de risques avec les enfants, nous prenons donc la décision de rejoindre la côte Atlantique en bus. Ce qui veut dire encore de l’emballage de vélo, et encore un peu de logistique pénible : pour pouvoir faire transiter nos vélos, impossible de les mettre en soute, aucune compagnie n’accepte autant de vélos en même temps sur le même trajet. Il faut donc les envoyer par colis. Mais pour ça, il faut un numéro fiscal ! Olivier, qui parle un portugnol impeccable, se débrouille parfaitement pour l’obtenir. Allez, cette fois-ci, c’est la dernière prise de tête logistique bus : après ça, on devrait réussir à rejoindre Rio à temps à vélo !

Le 27 mai, nous partons de Foz do Iguaçu. Les enfants sont très partagés entre peine à quitter un petit cocon bien confortable et leurs copines, et forte envie de reprendre l’aventure nomade ! Nous avons passé un super séjour à Fazenda Fazendo, c’était une expérience et un moment à part dans ce voyage, entre chantier, glandouille, cuisine vegan, balade et échange. Les émouvants adieux à Anne-Sophie et sa famille ont lieu à la gare routière, ils ont tenu à nous y accompagner. Et c’est reparti pour 17 heures de bus, trajet de nuit en direction de Florianopolis ! La prochaine étape est donc de rejoindre l’océan puis de longer la côte depuis l’île de Santa Catarina jusqu’à atteindre Rio d’où nous prendrons l’avion fin juillet. Marie y a trouvé un logement via le réseau Warmshowers dont nous faisons partie : une famille qui habite quasiment sur la plage. Premier rebondissement avant même d’y arriver : notre hôte nous signale qu’un de ses enfants a certainement le covid. Gloups ! Bon, notre plan logement gratuit tombe à l’eau. Il va falloir trouver un plan B dans cet endroit touristique donc cher. Et ça, ce n’est pas prévu dans les dépenses !

Deuxième douche froide : en arrivant de jour près de la côte, le paysage entre Joinville et Florianopolis nous fait très peur. C’est une succession quasi ininterrompue de stations balnéaires très denses avec gratte-ciel. Hou là là, c’est bien trop urbanisé pour nous cette histoire. Après étude des cartes directement dans le bus, on se rend compte que sur les routes envisageables pour remonter vers Joinville, cette fois en vélo, il y a parfois très peu d’alternatives à l’autoroute. Et le reste du temps consiste en la traversée de stations balnéaires coincées sur le trait de côte, aux pieds des immeubles. Re-gloups ! Bon, on décide de tout un peu à l’arrache, on ne peut pas tout le temps faire les bons choix… Réunion de crise dans le bus, entre deux appui-têtes ! On ne peut pas s’infliger ça, aucune envie !! Maintenant qu’on est rendu presque à Florianopolis, autant visiter un peu quand même, mais nous reprendrons le bus pour Joinville et reprendrons à pédaler de là. Les billets sont très abordables, cela ne nous coûtera pas trop cher, ouf. Les vélos sont arrivés à l’entrepôt de Florianopolis, nous n’avons qu’à les renvoyer un peu plus loin. C’est facile. Et bonne surprise à l’arrivée : Fernanda, qui nous accueille dans le petit AirBnb que nous avons réservé pour notre première nuit à Florianopolis, est ébahie de nous voir arriver avec nos 3 marmots et tout notre barda. Elle aussi a l’habitude de voyager, notre périple doit la toucher car très gentiment, elle nous invite à rester gratuitement chez elle jusqu’à la fin de la semaine !! Quelle chance ! Tout s’arrange, comme souvent les planètes s’alignent, notre choix un peu bancal et les surprises de dernière minute se transforment en super opportunité de visiter cette île magnifique sans que cela ne grève notre budget ! Sans cela, nous serions sûrement repartis beaucoup plus rapidement, merci Fernanda !

Nous avons donc le privilège de visiter l’île de Santa Catarina pendant trois jours complets. Les photos se passent d’explications : c’est vraiment magnifique !! C’est une grande île tout en longueur, notre logement se trouve au centre. N’ayant pas nos vélos, nous randonnons et concentrons nos balades sur la côte du centre et du sud, plus sauvage et moins balnéaire. Praia Mole, praia Lagoinha do Leste, Pantano do Sul… tout est beau !

La grande Sofia, qui fête ses 8 ans ce 31 mai, a droit à un anniversaire d’exception : randonnée dans des dunes dignes du Sahara, puis sur les rochers, puis en forêt tropicale dense, baignade sur une petite plage un peu cachée de carte postale et enfin glace au bord du lac pour finir. On voit même des pingouins à quelques mètres ! Incroyable cette non-organisation, mais quel kiff !

Cette grande pause sans vélo, qui aura tout de même duré près de trois semaines prend fin à Florianopolis. Le 1ᵉʳ juin, nous reprenons donc le bus jusqu’à Joinville pour enfin ré-enfourcher nos montures. À l’arrivée, tout le monde est là : enfants, bagages et vélos. Il n’y a eu aucune casse ni perte ! Nous sommes tous très impatients de reprendre la route et l’aventure pour découvrir ce beau et grand pays du haut de nos selles. Au programme des jours à venir : de la piste à travers des montagnes couvertes de forêt subtropicale humide et peuplées de jaguars, des kilomètres de plage désertiques et des passages tarabiscotés en bateau à travers les mangroves. Mais ça, ça ! C’est pour le prochain épisode !

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